Lettre aux Amis

Sommes-nous trop gentils?

(ÒQue/qui cherchez vous ?Ó[1])

 

ÒOld fashioned people...did not realize

that we live in an age

when unnecessary things are our only necessitiesÓ[2]

 ÒPour ne pas gaspiller par ton avarice, recueille par tes largesses.

En donnant au pauvre, donne ˆ toi-mme;

car ce que tu nĠabandonnes pas ˆ autrui, tu ne lĠauras pas.Ó[3]

 

Un article dans la revue Ç Missions Etrangres de Paris È sur la querelle des rites chinois mĠinterpelle. Il y a un tableau de la progression des protestants par rapport ˆ celle des catholiques dans la Chine continentale[4] o il appara”t  quĠaujourdĠhui il y aurait 3 protestants pour 1 catholique, en dŽpit de la position anti-rites chinois des protestants. Un constat semblable (croissance en nombre des protestants des ÒpetitesÓ dŽnominations, trop rapidement taxŽes dĠtre des ÒsectesÓ) avait ŽtŽ fait par le pre Zocca pour la Papouasie Nouvelle GuinŽe. Je  pense quĠen IndonŽsie cĠest vrai aussi. CĠest vrai dans la partie de paroisse que je dessers actuellement.

 

Quand mon supŽrieur religieux mĠa proposŽ dĠaller travailler dans la Mission Meratus du diocse de Banjarmasin, il mĠa expliquŽ que les Dayaks boudaient les dits protestants, spŽcialement les ŽvangŽlistes, parce que ces derniers exigeaient des nouveaux convertis quĠils abandonnent leurs rites ancestraux et donc que les catholiques avaient plus de chance dĠtre acceptŽs, ayant une approche plus tolŽrante, plus ÒgentilleÓ. Aprs environ un an sur le terrain, je mĠaperois que ces communautŽs protestantes (avec Žglises et pasteurs ayant femme et enfants rŽsidant ˆ c™tŽ des  dites Žglises) pullulent dans la partie de paroisse qui mĠest assignŽeÉalors que je suis le seul prtre ÒrŽsidentÓ (cŽlibataire au demeurant, ce qui est dŽjˆ une atteinte aux valeurs des Dayaks[5]) et nĠai que deux chapelles sur mon territoire. Ces communautŽs protestantes sont composŽes en majoritŽ de Dayaks (convertis de rŽcentes dates), alors que la plus grande partie de mes paroissiens est composŽe de migrants venus des autres ”les de lĠarchipel, donc venant de communautŽs traditionnellement catholiques (les ”les orientales de lĠIndonŽsie). En un mot je fais du Ç service aprs venteÓ et non une Ïuvre Ç missionnaire È. (les Ç grandes È Eglises protestantes, en Chine, en Papouasie Nouvelle GuinŽe et en IndonŽsie sont ˆ la mme enseigne que nous autres, catholiques). Cela mŽrite rŽflexion.

Je pense quĠune des clŽs du problme est lĠattitude Ç identitaire È, ÒcommunautaristeÓ qui prŽvaut dans notre monde en rŽaction ˆ la globalisation: une personne, un groupe seront plus tentŽs de Ç se convertir È si ce quĠon leur propose est une Ç identitŽ È nettement nouvelle, un peu ÒghettoÓ, avec exclusion des autres, ceux quĠils appellent (avec mŽpris ou condescendance) les Ç gentils È au sens de Ç pa•ens È mais aussi au sens de gens conciliants qui  ne veulent pas heurter les sensibilitŽs de lĠautre, et donc essaient de respecter leurs ÒritesÓÉ en les rŽduisant dĠailleurs ˆ de simples formalitŽs ou coutumes folkloriques, donc en les dŽsacralisant, en les arrachant de leurs vraies significations – comme le citadin qui transforme une roue de charrette en table...pour faire rustique: lire ˆ ce sujet les analyses de Aloysius Pieres, thŽologien catholique sri-lankais.  Le ÒgentilÓ partisan de ce genre dĠÓinculturation pour faire couleur localeÓ heurte encore plus le ÒgentilÓ quĠil veut amadouer en Òrespectant ses ritesÓ que le ÓcroisŽÓ ŽvangŽliste qui veut les lui faire abandonner car rŽputŽs idol‰triques et  sataniques[6]                
Pour en revenir ˆ Ricci (en Chine) ou ˆ de Nobili (aux Indes), ces missionnaires pratiqurent lĠ ҎvangŽlisation par en hautÓ (pratiquŽe aussi en Europe ˆ cette Žpoque): la religion du prince Žtant censŽe tre adoptŽe automatiquement (voire par dŽcrets ou de force) par Òla piŽtailleĠ (Ces petits si aimŽs par PŽguy). Cela a commencŽ pour lĠEglise avec Constantin...et semble redevenir ˆ la mode avec notre actuel chanoine du Latran et sa conception biscornue de la la•citŽ...Donc sĠadresser ˆ lĠŽlite (les brahmanes ou les lettrŽs: une religion pour les Ògardiens du TempleÓ, les SadducŽens, les clercs). Sans se soucier que le prince (le tyran) et ses courtisans ou mandarins sont honnis par le petit peuple quĠils oppriment. Sans se soucier quĠun changement de prince amnera automatiquement la persŽcution...[7]

 

La dŽmarche dĠAlexandre de Rhodes, au Vit-Nam (quasi ˆ la mme Žpoque) me parait plus ŽvangŽlique: loin de faire chorus avec les lettrŽs, il a dŽmocratisŽ la culture en Žcrivant le vietnamien avec lĠalphabet latin, donc en donnant accs ˆ tous ˆ la lecture et ˆ lĠŽcriture qui ne furent plus le privilge (et la source de pouvoir) dĠune Žlite de clercs (dŽmarche semblable ˆ celle de Vatican II qui pr™na la langue ÒvernaculaireÓ – celle du profane – en remplacement du latin  -langue du clerc – dans la liturgie: perte de ÒpouvoirÓ pour le clerc). Renversement des statuts, rŽvolution ŽvangŽlique, dŽcrite par lĠexŽgte allemand, Thiessen.  Est-ce un hasard si le Vit-Nam compte encore aujourdĠhui plus de 10% de chrŽtiens alors que les pays o les pionniers allrent stratŽgiquement vers les lettrŽs ne comptent que 2% de chrŽtiens?  Il ne sĠagit pas de ÒpaupŽrismeÓ, ni de se limiter aux ÒmarginauxÓ mais de libŽrer la culture, les valeurs, les vertus dĠune domination par la classe au pouvoir: permettre ˆ tous dĠtre clŽments, vertu rŽservŽe, dans le monde grŽco-romain, ˆ Auguste et ˆ ses semblables (Aristote Žtait viscŽralement aristocrate et anti-dŽmocratique). LibŽrer aussi du ÒsexismeÓ [8]

En dŽpit du constat de lĠŽchec de cette ҎvangŽlisation par en hautÓ, nous continuons ˆ ouvrir des Žcoles pour lĠŽlite, dans lĠespoir que nos anciens-Žlves, devenus des gens haut-placŽs dans la sociŽtŽ, nous Žpauleront (permissions pour construire h™pitaux haut de gamme, Žcoles et universitŽs toujours plus performantes...) et bien sžr seront de gŽnŽreux donateurs pour la rŽalisation de ces onŽreuses structures. Sans nous apercevoir que les ҎvangŽlistesÓ (et aussi les musulmans, les hindous, avec leurs  Žcoles, h™pitaux ou leurs ashrams) recueillent ceux qui nĠont pas les moyens dĠentrer dans nos structures Žlitistes, et sont donc perus comme des libŽrateurs par les gens ordinaires,  donc par la majoritŽ. DĠo aussi la poursuite par nos clercs catholiques de dipl™mes toujours plus brillants pour pouvoir tre des Òinterlocuteurs valablesÓ des mandarins, des gens aux postes de commande. Ils ont trop peur dĠtre classŽs parmi les Òold fashioned peopleÓ qui poursuivent lĠunique nŽcessaire: le Royaume de Dieu.

 

Nous sommes trop ÒgentilsÓ (aux deux sens du mot): nous voulons tre Òpolitiquement correctsÓ, nous recherchons Óthe unnecessary thingsÓ parce que cĠest lĠunique ambition des Ònouveaux richesÓ (et je peux vous assurer que les Dayaks Meratus chercheurs dĠor ont cette mentalitŽ ÒconsummŽristeÓ, autant que les gogos dĠEurope). Nous voulons tre traitŽs ÒgentimentÓ par tous les privilŽgiŽs du monde moderne. Juan Luis Segundo S.J. reprend la lŽgende du Grand Inquisiteur des Frres Karamazov de Dostoievski [9] et pose la question de savoir si suivre le Christ fait de nous des aristocrates[10]. Il distingue entre une connotation pŽjorative du mot (personne qui se coupe de la ÒmasseÓ par mŽpris, par esprit de caste, pour maintenir ses privilges) et la conception positive : rŽpondre aux exigences du Christ (Luc 9 :23 ; Jean 15 :13) qui comporte inŽvitablement solidaritŽ avec les victimes, les marginalisŽs, service sans espoir de retour, et donc risque total. Cette attitude positivement ÒaristocratiqueÓ nĠest dĠailleurs pas le privilge dĠune ҎliteÓ (religieux, clercs) mais, comme le rappelle Vatican II (LG 39-40) lĠappel commun des baptisŽs. Ce service risquŽ des pauvres (pour les libŽrer et en faire des gens debout) est lĠexigence premire. Malheureusement, elle est trop souvent prŽsentŽe comme une consŽquence secondaire, aprs une christianisation complte (initiations sacramentelles, groupes de prires, etc.). Dans une de ses confŽrences, St. Vincent de Paul demandait au Christ : ÒQuĠtes-vous venu faire sur la terreÓ. RŽponse du Christ : ÒEvangŽliser les pauvres !Ó. ÒMais encore ?Ó insiste St. Vincent. ÒEvangŽliser les pauvres !Ó rŽplique JŽsus.

 

Donc permettez-moi de relire les Òvertus vincentiennesÓ: la premire nous invite prŽcisŽment ˆ Òchercher dĠabord (et exclusivement) le Royaume et sa justiceÓ: cĠest la simplicitŽ. Pas de stratŽgie alambiquŽe. LĠŽvangŽlisation par en haut est un exemple flagrant de manque de simplicitŽ. Le missionnaire ÒruseÓ; il se fait astronome, gŽomtre, ˆ la cour de lĠEmpereur. St. Vincent Žtait ˆ la cour mais cĠŽtait pour veiller ˆ ce que le prince nomm‰t de bons prŽlats soucieux du peuple chrŽtien et non des courtisans...et il nĠy allait pas par quatre chemins (ce qui lui valut bien des dŽboires avec Mazarin). Que St. Vincent ait fait (lors de la Fronde ou en dĠautres circonstances) des choix politiques qui nĠŽtaient pas les meilleurs, je ne le conteste pas (il y a longtemps que les historiens lĠont dit, avec pertinence). Mais ce ne fut jamais par manque de ÒsimplicitŽÓ: il visait le service des pauvres, lors mme que, peut-tre, il se trompait sur les moyens. Il ne visait pas ˆ tre Òpolitiquement correctÓ ni ˆ tre systŽmatiquement dans lĠopposition. 
La vertu suivante est la douceur, vertu bien diffŽrente de la gentillesse. La douceur est la vertu des partisans de la lutte non-violente. Elle entend instaurer le Royaume et sa justice en payant de sa personne et non en se montrant ÒgentilÓ. Elle sait dŽsobŽir (et en porter les consŽquences). Elle donne ˆ la simplicitŽ lĠunique arme digne dĠelle: un doux enttement, vŽcu avec les victimes des injustices, pour que lĠordre injuste cde, sans violence (renonant mme ˆ la violence verbale: les anathmes, etc.), mais aussi sans compromission.

 

La mortification nĠest autre que lĠacceptation du risque que fait encourir une action non-violente: refuser de faire payer aux autres le prix de cette douceur. Cette mortification nĠest pas choisie (St. Vincent Žtait peu enclin aux exercices de mortification qui avaient cours de son temps). Elle est acceptŽe comme venant des mains du Pre, en lien avec lĠŽvangŽlisation des pauvres, ˆ la solidaritŽ avec eux dans leurs souffrances. Mortification qui vise ˆ une libŽration de soi-mme pour tre disponible (une fois de plus, la pauvretŽ consentie est la principale mortification). Rien de masochiste. Quand St. Paul prŽtend complŽter en son corps ce qui manque aux souffrances du Christ, il Žvoque ses travaux apostoliques, son souci de toutes les communautŽs et lĠopposition quĠil rencontre de la part de ses frres comme de la part des payens. JĠimagine mal St. Paul portant un silice... 

 

DĠo humilitŽ: ne pas jouer le ÒsupermanÓ, le karateka ou le monstre dotŽ de pouvoirs magiques. Le petit Žcran, en IndonŽsie, est peuplŽ de ces violents – humains ou robots, tres mythiques ou personnes qui, ˆ lĠŽcole de quelques ÒgourousÓ, ont emmagasinŽ une quantitŽ de passes de judo...rendues possibles par les Òeffets spŽciauxÓ et les images virtuelles en tout genre; monde rŽellement trop ÒgentilÓ au sens de monde payen, opposŽ ˆ lĠesprit du Christ[11]. Cette humilitŽ rejoint la kŽnose du Christ, ses rŽponses ˆ Satan lors des tentations: Il est bien le Fils de Dieu, le Messie, le Maitre et le Seigneur, mais il refuse de sĠen prŽvaloir pour quelque privilge ou pouvoir qui lui profiterait.

 

Et nous arrivons ˆ la vertu clŽ, ˆ la raison dĠtre des autres vertus: le zle des ‰mes. Langage vieillot? Faut-il pour cela rejeter ce quĠil signifie? CĠest le plan de Dieu, lĠunique motif de lĠIncarnation/RŽdemption, le ÒpourquoiÓ de notre ҎlectionÓ comme peuple de DieuÉ Encore faut-il comprendre cette vertu ˆ la lumire de lĠEvangile. Il ne sĠagit pas de chiffres, de statistiques, de Òreligion des massesÓ selon lĠacception du Grand Inquisiteur (pas de gr‰ce ÒfacileÓ, de strict minimum pour la ÒpiŽtailleÓ afin de faire nombre). EvangŽlisation qui signifie humanisation, libŽration et donc risque; non enr™lement dans un grand club dĠ ҎlusÓ. SolidaritŽ avec notre monde concret (Gaudium et Spes) et non avec une image abstraite du monde: ce monde o les bonzes de Birmanie descendent dans la rue, o le monde arabe aspire ˆ la dŽmocratie[12], mais aussi un monde o la pauvretŽ cro”t, o les communications de masse endorment les ÒmassesÓ (Òdu pain et des jeuxÓ), etc.

 

LĠerreur primordiale est de juxtaposer lĠEglise et le monde. LĠEglise est dans le monde et ne peut prŽtendre tre une entitŽ extra-mondaine. A fortiori si on refuse de limiter lĠEglise ˆ la seule hiŽrarchie.

 

Zone de texte:  Plus fondamentalement, il faut refuser de voir lĠEglise comme une ÒsociŽtŽ parfaiteÓ[13]. Le choix est entre une ÒEglise des massesÓ et une Eglise signe du Royaume de Dieu[14]. Il y a incompatibilitŽ entre ces deux visions. LĠEglise des masses nous demandera dĠtre ÒgentilsÓ pour que les Òbons paroissiensÓ incapables (pensons-nous, dans notre vision ÒaristocratiqueÓ, hiŽrarchique du troupeau blant) de prendre le risque dĠtre signes, ne se dŽcouragent pas. Ce fut le charisme de St. Vincent de Paul (ˆ lĠŽcole de St. Franois de Sales) de croire aux la•cs. LĠEglise nĠa pas ˆ se centrer sur elle-mme dans un rŽflexe de ÒsauvegardeÓ des 99, au dŽpend de la Òbrebis perdueÓ (les proportions deviennent dĠailleurs plut™t, dans cette perspective ÒprŽservatriceÓ: 1 brebis au bercail et 99 de perdues, dĠo lĠaffolement). Comme signe, comme ferment dans la p‰te, comme lumire, lĠEglise se veut annonciatrice dĠun ordre nouveau, dĠune espŽrance pour lĠhumanitŽ: cĠest ici que sĠinscrit le zle des ‰mes. Non pas recruter le plus dĠadhŽrents possibles pour un club fermŽ (et pour cela poser des conditions aussi lŽgres que possible – un strict minimum, en matire de rites, de morale, etc. – ˆ ce jeu-lˆ nos frres ŽvangŽlistes qui ne reculent devant aucune compromission auront toujours plus dĠadhŽrents que nous) mais de dire, par un oubli total de soi-mme, les exigences de lĠEvangile: ÒLe Royaume de Dieu et sa justiceÓ. CĠest ce qui est demandŽ au baptme, en fait, et donc ˆ tous ceux qui veulent se mettre ˆ la suite de JŽsus. Prendre conscience quĠentrer dans lĠEglise, cĠest accepter quĠil nous soit demander beaucoup plus quĠaux autres.

 

 JŽsus lave les pieds de Pierre. Îuvre de Ford Madox Brown (1860). Elle sert de couverture au livre de Michael H. Crosby: Do you love Me? Jesus questions the Church- Orbis Book, Maryknoll, NY 2000.

Quand Crosby a montrŽ cette peinture, une SÏur lui a dit: Òle visage renfrognŽ de Pierre et sa faon de pencher la tte avec frustration, me rappelle le jour o le pape Jean-Paul II entendit  Sr. Theresa Kane lui demander de dialoguer sur la place des femmes dans lĠEgliseÓ... Bienheureux Jean-Paul II, priez pour nous.

 

JĠaime beaucoup lĠexŽgse que fait Segundo de 1 Cor. 5[15] : Paul demande que le paroissien qui couche avec sa belle-mre soit excluÉafin que ce paroissien soit sauvŽ au jour du Jugement. Ce nĠest donc pas pour lĠenvoyer en enfer. Ce paroissien sĠest rŽvŽlŽ incapable de vivre les exigences attachŽes ˆ une incorporation au peuple de Dieu, donc mieux vaut pour lui dĠtre Òhors de lĠEgliseÓ (1 Cor. 5:5).

 

Reste ˆ prŽciser la faon dont nous concevons ce risque, cette vocation exceptionnelle que tout chrŽtien reoit: elle est ˆ lĠimage du Christ. Comme le Christ, nous sommes appelŽs ˆ tre Òdes sauveurs blessŽsÓ[16] Nous ne sommes pas une brigade de sur-hommes, avec un super-pouvoir, se penchant sur une humanitŽ faible. Nous ne sommes pas non plus des ÒvictimesÓ. Ce sentiment de victimisation va croissant dans notre Eglise contemporaine[17] Sur ce terrain nous sommes en fait ˆ la mme enseigne que toute personne refusant lĠinjustice et le dŽni des droits de lĠhomme. Des victimes, nous en avons fait beaucoup (et en fermant nos frontires, jusquĠˆ stopper un train venant dĠItalie, nous continuons ˆ en faire). Ce sentiment de victimisation ne peut que nous refermer sur nous-mmes et donc nous interdire dĠtre une voix dĠespŽrance pour toutes les autres victimes. Si nous souffrons, que cela nous porte ˆ nous sentir solidaires des autres victimes. CĠest le sens du sacrifice du Serviteur Souffrant, du Christ. Ce doit tre celui de nos propres souffrances...dans la mesure o, ˆ cause du Royaume, nous souffrons.

 

Reste donc ˆ vous souhaiter de bonnes ftes pascales, ˆ vous remercier pour toutes vos gŽnŽrositŽs: vous tes trop gentils!

 

Batulicin, 18 avril 2011

Jacques Gros cm

 

 

 



[1] La premire parole de JŽsus dans lĠŽvangile selon St. Jean (Jn. 1:38); et sa question ˆ Marie Madeleine dans le jardin (Jn 20: 15).

[2] Oscar Wilde: The Picture of Dorian Gay, un roman publiŽ en 1891 –Citation p.91 dans lĠŽdition Penguin Books, Penguin Group (Australia) 2008. Je me classe (peut-tre un peu vite) parmis ces ÒdemeurŽsÓ, gens dĠun autre ‰ge...mais remarquons que le problme ne date pas dĠhier.

[3] HomŽlie de St. Pierre Chrysologue sur la prire, le june et lĠaum™ne. Patrologie Latine 52 – 320-322. Au brŽviaire, le 3ime mardi de Carme.

[4] Missions Etrangres de Paris no. 452 juillet-aožt 2010 p.40

AnnŽe

1815

1900

1920

1949

1980

1988

2006

protestants

Environ 20

85.000

366.000

700.000

3.000.000

8.000.000

36.000.000

catholiques

215.000

742.000

2.000.000

3.000.000

6.000.000

8.000.000

12.000.000

ratio

1 pour 10.000

1 pour 8,5

1 pour 5,5

1 pour 4,3

1 pour 2

1 pour 1

3 pour 1

 

[5] Les jeunes prtres diocŽsains en Papouasie Nouvelle GuinŽe nous disaient:  un Papou nĠest considŽrŽ adulte et donc crŽdible quĠaprs son mariage.

[6] Lire lĠarticle de Raymundus Sudhiarsa: Theology of the Margins: Christian Experiences in a Multicultural Context, dans Studia Philosophica et Theologia – revue de la FacultŽ de Philosophie et de ThŽologie  Widya Sasana, Malang – IndonŽsie, vol. 4 no.2, octobre 2004, p. 118-128. CĠest une Ždition rŽvisŽe et adaptŽe dĠune communication prŽsentŽe au ASPAMIR international symposium ˆ Mumbay, Inde, 15-19 0ctobre 2001. Lire spŽcialement les pages sur la rŽsistance des Hindous de Bali ˆ tout essai dĠemprunt de mots ou architectures balinaises traditionnelles – en particulier les termes sanskrits - par les catholiques balinais: p. 123-124 du texte citŽ...et la rŽponse chrŽtienne – p. 124-126.

[7] A la question ÒJŽsus a-t-il une place aux IndesÓ, Pieres rŽpondait ÒNonÓ car JŽsus est toujours le crucifiŽ, le hors-caste.

[8] ThŽologie fŽministe de la libŽration: Ivone Gebara (voir Golias Hebdo no.175, 176, 177)

[9] Relire le chapitre o Juan Luis Segundo parle de la relevance du Grand Inquisiteur pour aujourdĠhui (The Community Called Church – tome 1 de sa :Theology for a New HumanityÓ – ed. Gill and Macmillan 1980 p. 87-97). Le Christ projette dĠentrer dans le monde les mains vides, offrant au peuple la libertŽ. Le Grand Inquisiteur trouve cela parfaitement na•f et mme dangereux. Pour le Grand Inquisiteur, le Christ, en refusant les propositions de satan, opte pour une Žlite et refuse de voir les millions de pauvres bougres qui aspirent ˆ un Messie qui satisferait leurs besoins les plus Žlmentaires (y compris le besoin de ÒmagieÓ, de ÒsacrŽÓ). Lui, le Grand Inquisiteur, aime ces pauvres bougres...et prend les moyens pour satisfaire leurs envies.

[10] op. Cit. P. 89-91

[11] CĠest ce monde ÒvirtuelÓ quĠexploitent sans scrupule certains prŽdicateurs ŽvangŽlistes, avec leurs miracles, guŽrisons, etc. Tout un cinŽma qui va dans le sens du Grand Inquisiteur.

[12] Dernirement les Eglises protestantes en Papouasie occidentale ont fait appel pour un plus grand dialogue avec les Papous de la part du gouvernement indonŽsien (avec manifestations ˆ la clŽ). LĠEglise catholique sĠest dŽclarŽe ÒsolidaireÓ: elle suit, laissant aux autres le soin de prendre les risques. Cf. Eglises dĠAsie no. 546, 1er mars 2011. Voir aussi les consignes du Cardinal AndrŽ Vingt-Trois donnŽes ˆ ses frres Žvques de sĠabstenir de parler des Roms (voir Golias Hebdo no. 156, 28 oct-4 nov, p.9). Autrefois majoritrement ÒcatholiquesÓ, les Roms et autres Ògens du voyagesÓ, adhrent de plus en plus aux Eglises pentŽcostistes. Cette attitude Òpolitiquement correcteÓ de lĠEglise catholique, pour ne pas choquer le ÒprinceÓ, ne va certainement pas redorer le blason de notre Eglise. Mme le pape a dŽplorŽ quĠon avait exagŽrŽ la portŽe de ses propos sur ce sujet. Etre Òpolitiquement correcteÓ signifie toujours refuser le risque dĠtre une voix qui libre. Il est Žvident que si lĠambition de lĠEglise est dĠattirer le plus de monde possible en son sein, elle doit se prter ˆ toutes les compromissions avec le pouvoir...et avec ce quĠil a de plus bas dans les ÒaspirationsÓ des Òbraves gensÓ (xŽnophobie, identitarisme...Voir le succs des partis et mouvements ÒnationalistesÓ en Europe et ailleurs).

[13] encyclique de Leon XIII Immortale Dei, 1885. Voir Juan Luis Segundo, op.cit. p. 92-93: a church Òincapable of  further enrichment, so too is its power above and beyond any other power; it cannot in any way be subordinate or subject to the civil powerÓ. Ce que la morale de Gonzalez (Philosophia Moralis – Santander: Sal Terrae, 1948) traduit: ÒLĠEglise est une sociŽtŽ supernaturelle, visible, parfaite, et indŽpendante, fondŽe par le Christ et gouvernŽe par son vicaire, le pape, pour le soin directe de la religion et du salut Žternel des hommesÓ et donc pas de sŽparation totale entreEglise etŽtat car Òla sociŽtŽ civile est tenue de rendre un culte catholique ˆ DieuÉLes autoritŽs publiques se devant dĠassister aux cŽrŽmonies religieusesÓ – notre chanoine du Latran est un bon Žlve de Gonzalez.

[14] op. cit. p. 78 et suivantes: ÒChurch of the Masses or Sign-Community?Ó

[15] op. cit. p.79-80

[16] ÓThe Wounded HealerÓ, oeuvre de Nouwen (qui eut come Paul, sa vie durant une Žpine dans sa chair)

[17] voir RenŽ Guitton: ÒSi nous nous taisonsÓ; ÒCes ChrŽtiens quĠon assassineÓ